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Épines (Flash back Kälyna)

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MessageSujet: Épines (Flash back Kälyna) Dim 22 Mai 2016 - 19:14

8 août de l'an 5 de l'ère d'obsidienne

Ses pas silencieux s’avançaient sur le sol froid, l’elfette ne laissait pas son regard triste vagabonder sur les cellules, prisonniers aux figures désolantes. Au moins, elle avait la certitude que leur présence était justifiée, que le protectorat ne maltraitait pas ses criminels. Personne ne méritait d’être affamé et étouffé par la chaleur, même les pires horreurs humaines. Les pas s’arrêtèrent, sa peau glacée rencontra le fer alors qu’elle posait la main sur un barreau. Les émeraudes descendirent tristement sur la silhouette elfique couchée au fond de la cellule, sa tête pencha un instant.

Muette, ses lèvres tremblaient sous cette image. Elle était là, juste devant elle, dans toute la grandeur qu’elle avait admirée, si longtemps…La grande dame n’était plus qu’une prisonnière, seule sur cette maigre paillasse, un bras ouvert de plaies dont le sang marquait les ongles de son autre main. Elle resta silencieuse, un long moment, constatant les choses que Vraorg avait prises, celles qu’il avait brisées. Elle l’aimait toujours, elle était allée jusqu’à l’ancrer dans sa chair de la manière la plus drastique possible. La petite rose ne pouvait croire que cela la rassurait, n’avait-elle rien d’autre pour se sentir un tant soit peu vivante?

''Mère…’’
souffla-t-elle difficilement dans sa douleur. Les épines de Kälyna s’étaient retournées contre elle-même, alors qu’elles devaient la protéger. Il l’avait manipulée, il l’avait utilisé et jamais il ne lui avait rendu tout l’amour qu’elle pouvait lui donner. Mëryl ne pouvait effacer le passé, mais elle pouvait certainement lui redonner l’amour et le soutien qu’elle n’avait pas eu, même si ça devait être juste pour un instant…Même si elle devait mourir.

Son visage se crispa en voyant plus clairement les blessures, elle détestait la voir ainsi, elle avait envie de la prendre dans ses bras, de soigner ses blessures et de la réconforter. Mais à quoi bon? Elle avait toujours refusé son affection, la rose épineuse serait probablement indifférente à son attention. C’était hypocrite de vouloir la voir heureuse, soignée et dans un état plus raisonnable alors qu’elle n’était même pas prête à ouvrir ces barreaux pour la libérer…Sa propre mère, son sang. Ne serait-ce pas la moindre des choses? Elle qui était tout ce qui lui restait. ''Mère…Pourquoi vous faire autant de mal…’’ Elle pinça la peau de ses lèvres entre ses dents pour retenir ses larmes. Elle avait honte d’avoir pleuré, sous le regard de tous, cela n’allait pas se reproduire devant un garde. ''Je sais que tu as refusé ma visite…Mais je devais te voir, même une dernière fois. Il…je n’ai pas pu le voir avant sa mort. Papa …s’est éteint pendant la bataille…’’ Les prunelles tristes parcourent le visage qu’elle n’avait pas vu depuis si longtemps. Elle aurait voulu qu’on lui donne plus de temps, avant de la perdre, qu’on la laisse la voir à l’époque ou tous la protégeaient de la rose épineuse. ''Laisse-moi soigner tes plaies…C’est trop triste de te voir ainsi…’’
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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Jeu 26 Mai 2016 - 5:02

Le temps semblait s’être arrêté ou du moins, il avait ralenti depuis que ces barreaux formaient l’unique paysage de Kälyna. Il n’y avait rien à faire ici, à part s’attrister sur son propre sort. On lui avait promis un procès. La mort l’attendait et c’était le seule châtiment que méritait l’ennemie qu’elle représentait. Seul un fou dirait autrement et bien qu’elle n’appréciait pas l’empereur elfique, Aegnor Evanealle n’était pas dément. Si quelqu’un était atteint de folie, c’était probablement l’ancienne prêtresse de Vraorg. Elle était folle de rage à l’idée que son seul amour avait disparu et son cœur brisé le lui rappelait à chaque battement. Jamais elle n’avait connu de douleurs aussi terribles. Les marques sur son bras qu’elle s’était faite à l’aide de ses ongles n’étaient rien à comparer. Cela n’avait pas suffi pour changer le mal de place, mais avait seulement servi à tacher sa peau blanche d’une couleur écarlate et de passer près de rester attachée au mur de sa cellule.

Délivrée de ses liens par une promesse de ne plus se mutiler, sa paillasse était devenue son lieu de prédilection. En effet, on pouvait y voir l’elfette étendue à longueur de journée ou presque. Pour une prisonnière, elle était bien traitée. On lui offrait un minimum de confort, des soins qu’elle refusait à chaque fois et des repas qui avaient de l’allure. Toutefois, elle ne se levait même pas pour se nourrir ou s’abreuver. Elle ne se sustentait que lorsqu’il n’y avait plus de regards posés sur elle et très peu, car la faim était absente. Les jours passaient sans qu’elle puisse les compter et sans réaliser qu’ils changeaient. Ils se ressemblaient tous… sauf un.

Une voix la tira de ses songes, voix qu’elle tenta d’ignorer. Si c’était des insultes, des menaces de vengeance ou des plaintes comme ses précédents visiteurs, elle n’en avait rien à faire. L’or continua de fixer les lignes du mur qu’elle commençait à connaître par cœur. Que lui voulait-on encore?

La voix attira toutefois son attention par la douceur qui s’y était glissée. Elle nota une pointe de tristesse également. Qui au sein de ce monde pouvait-il être touché par sa situation? Il y avait un mot qui était resté en suspens dans son esprit sans faire le moindre sens. Comment l’avait-elle appelée? Mère…?

La dame blanche se retourna enfin et mêla l’or à l’émeraude. Dans le plus grand silence, elle laissa l’elfette continuer de parler. Tout ce qu’elle fit, c’était de l’observer, de l’analyser dans les moindres détails. Mëryl?

Elle avait fleuri toute en beauté. Son regard verdoyant brillait d’une lueur dorée, envoûtante malgré cette petite touche de mélancolie qui s’y logeait. Une longue cascade ténébreuse glissait sur son dos, lisse et soyeuse. Sa petite fille, sa rose, était devenue grande. Elle semblait en santé et une certaine fierté l’attaqua. Une mère, même si elle s’appelait Kälyna Vallaël, désirait toujours le meilleur pour son enfant. Au moins, lorsque son trépas viendrait, elle pourrait se réjouir d’avoir réussi une chose.

Son regard était toujours accroché au sien. Pourquoi tant de tristesse pour une presque inconnue qui n’avait jamais su l’aimer comme elle le méritait? La rose épineuse s’était redressée sur ce qui lui servait de lit. Contrairement à sa fille, la mère était dans un piteux état. Sa longue chevelure de jais étaient mêlée et sale. Sa peau, habituellement d’un nacré parfait, était poussiéreuse sans oublier le sang qui avait coagulé sur son bras. Ses vêtements étaient simples et mal entretenus, complètement froissés. Elle ne portait qu’une robe noire et ses pieds étaient nus. Ce qu’on pouvait noter aussi, c’était la fatigue qui s’était emparé de son visage.

« Un parmi tant d’autres… »

C’était un murmure qui s’était échappé de ses lèvres noires, d’une voix lasse. La tristesse brillait dans son regard, mais ce n’était pas nouveau depuis des lustres. N’avait-elle pas toujours été triste? Vraorg n’ayant pas fait exception… Elle fut touchée par la mort de son mari, Aranwë Nalwaë. Elle ne l’avait pas aimée d’amour, mais elle avait passé des siècles à ses côtés. Il avait été gentil avec elle et elle, qu’avait-elle été? Qu’une piètre épouse. Qu’une piètre mère.

Mëryl était mieux sans elle.

« Qui es-tu? »

Glaciale, ses mots étaient tranchants. C’était pour son bien qu’elle faisait cela. Elle pensait à elle. Si Mëryl s’attachait, c’était à un futur cadavre qu’elle affectionnerait.

« Je n’ai pas besoin de tes soins. Je n’ai pas besoin de ta tristesse. »

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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Mer 1 Juin 2016 - 3:45

Elle pouvait être aussi cruelle qu’elle le voulait, dans ses mots, de sa voix, Mëryl lisait l’or d’une mère. Peut-être n’étais-ce que son obstination qui la poussait à garder la moindre lueur d’espoir? Cure. Elle savait le regard d’une mère, voyant son enfant, la rose avait fleuri et avait grandi. Belle, intacte, dans toute sa douceur fragile. Son père, celui dont elle avait été la prunelle, celui qui avait aimé sa mère et chéri l’enfant. Celui qui s’était battu contre les alayens, les théocrates, contre Vraorg et qui y avait laissé sa vie. Le seul homme que Mëryl n’avait jamais aimé, celui qui était resté malgré la guerre, les morts et toutes les cruautés trop difficiles. Un parmi tant d’autre. Elle n’était pas assommée, ni frappée par ces mots, elle s’effondrait doucement, baissant la tête et se voilant. La petite rose avait longtemps été un livre ouvert, de ses émeraudes tristes et des secrets qu’elle ne pouvait garder, murmurés entre les moqueries. Elle se refermait doucement, gardant tous les secrets contre elle comme de précieux avoirs.

''Je suis ta fille.'' chuchota-t-elle spontanément, le reste de voix portant entre ces mots brisée. Elle ne pouvait le nier, aussi hargneuse pouvait-t-elle être. Même si elle ne signifiait que la souffrance d’une couche, l’erreur d’une presque mort. Elle était sa fille, Kälyna ne pouvait refuser ce statut.''Ne te méprend pas. Je t’ai vu, toutes ces années, loin de moi, je t’ai admirée, j’ai imploré ta présence…À mon père, au conseil…jusqu’aux esprits…S’il le fallait. Même ailleurs, je t’ai aimé. Je ne vais pas croire que tu ne m’as pas regardée, une seule fois, au point de ne pas me reconnaître. À moins que réellement, tu refuses d’admettre qui je suis. ''

Ses mains se crispèrent sur les barreaux de fer, elle laissait son front retomber dans l’espace entre les barres, pourquoi devaient-elles toujours être séparées par quelque chose? Maintenant qu’il n’y avait plus d’aînés pour l’éloigner de sa mère, il y avait cette prison, bien palpable. Elle fronça les sourcils en tentant de respirer, doucement, gelant le fer sans y prêter attention. Ses paupières se fermaient doucement.

''Je sais que tu n’as pas besoin de moi…tu n’as jamais eu besoin de qui que ce soit…que lui. Je sais que tu as mal. Je ne te demande pas de m’aimer, si tu ne t’en crois pas capable. Je te demande juste d’accepter mon amour. Parce que…J’ai encore besoin de ma mère et il ne me reste plus rien. Qu’importe les crimes que tu as fait pendant ces années et à son nom. Je veux…être là pour toi, et s’il le faut…je veux au moins pouvoir te dire au revoir. ''

Sang-froid… C’était trop lui demander. Elle avait mal et son cœur ne faisait que crier et tout se coinçait douloureusement dans sa gorge. La petite rose laissa la rosée s’échapper sur ses joues, se refermant contre elle-même en se sentant douloureusement honteuse. Toute son éducation lui avait enseignée à refuser cette douleur, à la cacher, et la voilà qui se révélait sans merci.

''Je suis désolé…Je n’ai pas la force de t’emmener loin d’ici…'' Elle n’avait plus la force de rien du tout, ils lui avaient pris et elle n’était qu’une hypocrite qui pleurait sa mère sans vouloir la libérer. Elle n’avait aucune position, aucune opinion elle n’y arrivait simplement pas.
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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Dim 5 Juin 2016 - 4:43

Jamais elle n’avait cru que son cœur pouvait se briser davantage. Or, Kälyna s’était trompée. Gelé par l’affection de l’être ignoble dont avait aimé d’une passion malsaine qui ne lui avait jamais rendu, brisé par la mort de son Inséparable, son cœur glacé venait de se fracasser sous les larmes de sa petite rose. Mais n’était-ce pas la réaction qu’elle avait voulue lorsqu’elle avait employé des mots si cruels à son égard? Mais vouloir le bien d’une personne et réaliser qu’en le faisant, on lui fait du mal… Ça s’approchait de l’insupportable. La mère en elle voulait que sa fille s’éloigne d’elle, car elle ne lui apporterait que malheurs et désastres sinon. Mais la mère en elle voulait tout autant la prendre dans ses bras pour lui dire que tout irait bien et qu’elle la protégerait de tous les malheurs. Mais comment la protéger d’elle-même?

Petite, la gamine au regard verdoyant lui avait toujours rappelé que son mari n’était pas son Inséparable et le gouffre de ce fardeau l’avait englobée pour la transformer lentement en monstre. Elle avait trouvé son lié en Vraorg, mais cela n’avait pas pour autant cessé sa transformation. Elle avait fait des choses horribles au nom de l’amour, des actes dont on ne pouvait pas être fiers, mais qui devaient être faits. Chaque hurlement l’avait tué un peu plus. Chaque mort avait nourri l’abomination. Mais une simple pensée au Blanc et le moindre chant en son honneur l’avait apaisée. Tout ce qu’elle voulait et avait toujours voulu, c’était de lui faire plaisir et qu’il l’aime en retour. Tout ce qu’elle avait gagné au final, c’était d’apprendre à prendre plaisir par elle-même et que ses gestes lui apportent satisfaction. Mais Vraorg n’était plus et tout ce qu’elle avait fait était en vain.

« Petite rose… »

Ce n’était qu’un petit murmure de rien du tout. L’or triste n’avait cessé de fixer sa fille. Son regard s’était d’ailleurs assombri suite aux paroles de Mëryl. Kälyna Vallaël était synonyme de mauvaise mère, piètre épouse et horrible elfette. Ce fut l’incompréhension la plus totale pour elle.

« Comment peux-tu m’admirer? »

Le dégoût avait teinté sa voix. Comment pouvait-elle l’aimer après tout ce qu’elle avait fait? Ou plutôt, tout ce qu’elle n’avait pas fait. Elle n’avait pas su lui démontrer qu’elle l’aimait et encore moins, pu la protéger d’elle-même et des horreurs qui teintaient sombrement ce monde. La seule explication logique, c’était que la nouvelle de sa mort imminente la troublait. Elle devait s’être forgé une image de sa mère qui n’était pas véridique ou avait toujours gardé cet espoir enfantin de recevoir de l’affection maternelle. Si on arrachait sa mère de ce monde, ses espoirs seraient détruits à jamais et elle devra vivre avec la funeste réalité. Ça ne pouvait être que la seule explication, car l’elfette ne croyait pas que la folie puisse l’affliger.

Lentement, la prisonnière s’était relevée et de son pas gracieux, elle s’était approchée de Mëryl. Elle était restée à une distance d’un bras sans prononcer le moindre mot ni poser le moindre geste. Seul son regard bougeait, la toisant de son or. Puis, sa main gauche vint recouvrir celle de sa progéniture. Elle n’avait pas oublié à quel point elle était froide et ce désir instinctif de vouloir la réchauffer. Son autre main avait passé les barreaux et s’était posée sur la peau douce de sa joue, à effacer la rosée qui s’y était installée.

« Je ne mérite pas ces larmes, Mëryl. Dis-moi au revoir. Je m’en vais. »

Une pointe de douceur s’était logée dans ses mots. Elle ne se faisait pas d’illusions, dans les jours à venir, elle mourrait. Et même si sa fille trouvait, par un moyen impossible, de la libérer... La rose épineuse ne partirait pas. Elle lui avait déjà suffisamment gâché la vie, ce n’était pas dans ses intentions de le faire davantage.

« HEY! Vous là! Reculez. Elle pourrait vous blesser. C’est une dangereuse criminelle! »

Voilà les mots qui étaient sortis de la bouche d’un garde elfique non loin qui regardait la scène d’un air interdit. Il s’était dressé et serrait solidement son hallebarde dans sa main, prêt à s’en servir.
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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Dim 12 Juin 2016 - 5:44

At last...


Ses mots coupèrent son souffle d’un coup d’un seul, alors que ses paupières s’ouvraient sur ce regard s’émeraude qui dans l’eau avait enfin une lueur d’espoir. Elle n’avait pas nié ses paroles précédentes, remplies de cruautés, mais de mensonges, elle en était certaine. Ils étaient teintés d’affection, rare estime qu’elle lui avait portée, rarement exprimée, petite rose…Mëryl savait la signification de son prénom, elle savait l’amour que portait sa mère aux roses. L’elfette se souvenait des rosiers, des bouquets et des fleurs dans les cheveux de sa mère, si belle. Elle aurait eu envie d’y mettre ses mains tant de fois, mais l’on ne décoiffait pas une dame. Mëryl observait les cheveux las et emmêlés de sa mère en songeant qu’elle aurait aimé pouvoir s’étendre dans l’herbe, brosser cette tignasse et y enfiler les roses dans plusieurs tresses. Elle était en colère qu’on l’ait éloigné d’elle, puisque maintenant il n’y avait plus de temps…

Le contact de sa main sur la sienne la réconforta, s’il l’étonna, elle resta là à fixer l’or alors que son autre main venait doucement effacer ses larmes. La petite rose n’avait plus envie de pleurer, sa mère était là devant elle et elle se souciait d’elle. Kälyna devait l’aimer, si elle ne voulait pas ses larmes, non? Où étais-ce pour ne pas avoir à voir ce spectacle qui pouvait être irritant? Mais quelque chose au fond de Mëryl voulait croire qu’il restait encore de la bienveillance en elle, même si les horreurs qu’elle avait commises et le sang versé couvrait cette parcelle de lumière.

Elle resta muette, toutes deux étaient parfaitement conscientes qu’elle n’avait aucune chance de survivre à ce procès. Ses yeux se refermèrent dans le découragement. Pourquoi? Elle soupirait intérieurement, pourquoi devait-il gâcher ce moment, lui voler cette parcelle de réconfort? Elle serra les doigts de sa mère entre les siens en une fraction de secondes, serrant les mâchoires d’une envie de refuser cet ordre ingrat. Son visage se tourna, n’offrant qu’un profil au garde, sans le regarder dans les yeux. ''Vous tueriez une femme devant son enfant avant son procès? '' Mëryl laissa échapper le soupir qu’elle retenait et se détacha de sa mère avant de reculer à contrecœur.

''Tu es Kälyna Vallaël, femme d’Aranwë Nalwaë, mage exceptionnelle, l’une des plus grandes d’Armanda. Tu es la femme qui s’est battue contre les Alayens, lors de la bataille des bois sombres, lors de l’aube rouge. Tu es celle que j’ai sauvé d’une pluie d’étoile en étant au mauvais endroit et celle qui m’a sauvé de cette pluie d’étoile. C’est ce que j’admire, Mère…’’

Mais elle n’avait plus la force de la sauver, pas une deuxième fois. Cependant elle pouvait encore lui dire, tout haut s’il le fallait à en faire dédaigner les protégés. Elle n’était pas que ce qu’il avait fait d’elle. Vraorg avait su manipuler Néant, il pouvait certainement la manipuler, elle qui était si douée en magie.

''Tu es ma mère…’’
souffla-t-elle, comme voulant convaincre qu’il n’y avait pas que du mal en elle. ''Je ne pourrais prétendre comprendre les sentiments qui t’envahissent. Je ne suis pas là pour te le rappeler. Je sais qu’on va dire que je t’idéalise, mais pour moi, c’est qui tu es, te reprocher ces crimes ne changerait rien du tout. Je comprends leur colère, leur besoin d’apaiser l’aigreur de leurs pertes…Mais ça ne ramènera personne. '' Elle respira un coup, doucement, avant de poursuivre. ''Sache avant que je te dise au revoir que malgré l’amertume, il y a une personne qui croit que tu es plus que ce dont ils t’accusent. Je me souviens de toi, avant la guerre, je sais ta valeur et je t’aime, sans conditions.''
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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Sam 18 Juin 2016 - 5:23

Être la liée de Vraorg n’avait jamais été compliquée pour Kälyna. Elle n’avait alors que suivit ce que son cœur lui dictait de faire et toutes ses actions avaient été dans le sens de lui faire plaisir. Elle voulait se faire remarquer auprès du blanc et qu’il l’apprécie. Ses mots formaient des chansons et des prières à son égard sans qu’elle n’ait à réfléchir. Son fouet avait fait gicler le sang sans qu’elle se demande si c’était bien ou mal. Les hurlements et les demandes d’un peu de miséricorde de ses prisonniers n’avaient pas arrêté les supplices, n’avaient pas occasionné de rire ou de pleurs de sa part. Imperturbable, la dame blanche avait toujours été. Elle avait cru que rien ne pourrait briser cette armure de glace qui recouvrait son cœur. Mais ces yeux verts emplis de tristesse… et d’affection?! Pourquoi était-ce si difficile d’être une mère? Si compliqué d’aimer son enfant. Non pas qu’elle ne l’aimait pas, détrompez-vous, même si elle disait le contraire. Tout ce qu’elle désirait c’était que sa petite rose aille bien et qu’elle se porte pour le mieux. Le souci, c’est qu’elle ne s’aimait pas elle-même. Elle n’aimait pas le monstre qu’elle était et elle aimait Mëryl à un point tel qu’elle ne voulait pas la contaminer. Son elfette ne pourrait pas être heureuse avec elle et ne pourrait surtout pas mener une « bonne » vie.

La voix du garde résonna dans la prison. Le visage blanc de l’elfette se tourna dans sa direction et c’est un regard empli de haine qui l’atteignit de plein fouet. La colère brûla dans l’or comme si elle pouvait le consumer sur place. C’est ce qu’elle voulait. Elle désirait que l’elfe disparaisse de sa vue. Comment osait-il déranger ce moment privilégié? Ne pouvait-il pas garder sa langue dans sa poche et ne pas l’énerver! Bien sûr que non. Les elfes n’en étaient pas capables. Suffisaient qu’ils respirent pour lui déplaire.

Sombréclat n’avait pas bougé sous les protestations du garde elfique. Pas de surprise, elle n’était pas connue pour être gentille et docile. Tout ce que ça faisait, c’était d’attiser cette envie de rébellion et de le voir s’énerver davantage. Son visage se durcit lorsqu’il revint sur sa fille qui reculait suite aux avertissements, seul son regard traduisait ses sentiments : de la peine.

« Oui, c’est celle que j’ai été. Kälyna Vallaël, mage d’exception et vouée à un grand futur de conseillère. J’étais celle dont tous les elfes étaient fiers. Née d’une famille haut placée, mariée à un noble elfe, gentil et très charmant. J’ai eu la plus mignonne des filles avec sa chevelure de jais et ses yeux verdoyants. C’était une prouesse que tous enviaient. J’avais tout pour moi. Et pourtant… Je n’avais rien. Tu ne sais pas à quel point mon cœur était vide. Enfin… De tous les gens, peut-être serais-tu celle qui pourrait mieux le comprendre. Je ne sais pas… »

C’était d’une voix calme qu’elle parlait d’elle-même. Certains croyaient que la prêtresse de Vraorg avait perdu la tête, mais elle était encore très lucide. Elle savait qui elle avait été, qui elle était et pour quelle raison elle se retrouvait derrière ces barreaux.

« J’étais ta mère, petite rose. Je n’ai jamais pris soin de toi. Je ne comprends pas ce que tu fais ici. Tu n’as plus de mère depuis longtemps. Elle est partie et tu n’as rien à admirer. Ne viens pas admirer celle qui voulait se détruire elle-même. La Kälyna que tu connaissais ou croyais connaître n’existe plus. Tu as devant toi celle qui était l’ancienne prêtresse de Vraorg, qui aurait tout détruit autour de toi, s’il l’avait fallu… J’ai sacrifié d’innombrables personnes en son nom. J’ai torturé des gens jusqu’à ce qu’ils ne soient plus rien. Ce n’est peut-être pas de mes mains que ton père est mort, mais c’est comme si ce l’était. J’ai tué, Mëryl. Et j’ai aimé le faire. »

L’or fixait les émeraudes de sa fille, son visage toujours aussi froid et sérieux qu’à l’habitude. Il était rare que l’on puisse l’entendre parler d’elle-même et qu’elle se confiait autant.

« Je ne regrette rien de ce qui s’est passé durant les dernières années, Mëryl. Pour une fois dans ma vie, mon cœur n’était pas vide. La seule chose que je regrette de toutes mes actions, c’est de t’avoir blessée lorsque tu étais petite. S’ils t’ont dit le contraire, ils t’ont menti. Pour le reste, tout est probablement vrai. »

Ses mains lâchèrent les barreaux et elle recula de quelques pas.

« Je… »

La suite des mots coinça dans sa bouche. Mëryl était ce que la dame blanche possédait de plus précieux. Elle l’aimait. Certes, d’une façon tordue et elle l’exprimait d’une étrange façon. Pour une personne qui n’avait jamais aimé, il est certain qu’elle n’excellait pas en la matière.

« Si tu m’aimes réellement, alors écoute moi. Va-t’en et éloigne-toi le plus possible de moi. Je ne vais t’apporter que souffrances et malheurs. Tu mérites mieux que cela, petite rose. »

Ce n’était pas un « Je t’aime » à proprement parlé, mais c’est ce qui s’en rapprochait le plus. Ces mots d’amour étaient malheureusement absents de son vocabulaire depuis bien des siècles.
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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Dim 26 Juin 2016 - 23:55

Sa mère, petite elfette sauvage, grande dame, farouche, ne se laissait pas donner des ordres par un garde. Kälyna n’avait aucune raison d’obéir, elle allait mourir, dans tous les cas. En revanche, Mëryl avait beaucoup d’années devant elle et défier la garde et se mettre des protégés à dos, encore plus que sa réputation ne la faisait déjà souffrir, ce n’était pas dans ses projets.

Son regard triste ne s’éclaira que d’un sourire, aussi mélancolique que nostalgique. Les mots de sa mère étaient beaux, mais ils perçaient, comme la lame d’une épée, mordait comme le froid de la tendre peau de la rose glacée. Ils rappelaient que cela faisait partie du passé, très loin derrière eux, avant la guerre…les guerres. Avant Vraorg, avant que la mort ne plane au-dessus de leur têtes. Un nuage sombre, un présage que personne n’avait pris assez au sérieux, jamais assez. ''Mère. '' Souffla-t-elle, impérativement, comme pour lui rappeler. Elle était toujours sa mère, cela ne changerait jamais, même lorsque son esprit aura quitté son corps.

''Tu sais…ils ont été beaucoup à s’occuper de moi, à me protéger, le moindre danger était une menace. Lorsque cette guerre a tout ravagé, j’étais en colère, j’ai appris tant de choses et pourtant, jamais on ne m’a appris à survivre à ça. Jamais on ne m’a préparé à la mort, aux massacres, aux viols.'' Elle baissa la tête, distraitement, mais ses confidences n’étaient pas honteuses, aussi ne baissait-elle pas la voix.'' Et puis j’ai compris que, chacun a sa petite idée du bonheur. Ils me croyaient heureuse à l’abri du danger. Ils te croyaient heureuse mariée, honorable, conseillère, mère. Toutes ces choses qui ont de la valeur pour notre peuple. Et ils ne t’ont jamais dit qu’il était possible que tu trouves de la joie dans autre chose. J’ai eu vent que tu avais aimé voyager, non? ''Sa voix était légèrement tremblante, mais la rose glacée contenait l’eau dans ses yeux.'' Tu ne l’aimais pas, passionnément. Mais tu l’aimais, en tant qu’ami, en tant que partenaire. Et si c’est ce que ton cœur pouvait offrir, c’est suffisant tu sais. C’était suffisant pour lui. ''
Elle prit une grande respiration, Mëryl avait préféré éviter le sujet, mais voilà qu’elle le confrontait. Pourquoi lui rappeler ces mauvais souvenirs? Pourquoi lui faire des reproches? Elle allait mourir, c’était inutile maintenant. ''Puis il est arrivé. Vraorg, celui que tu aimes. Et ton totem s’est attaché à lui et pour la première fois, tu as cru que tu ressentais quelque chose, tu avais trouvé ton bonheur à toi, alors que tu ne l’avais jamais trouvé auprès de papa. Et…il t’a manipulée, parce que tu es une mage incroyable, il t’a utilisée et il ne t’a jamais rendue cet amour. Mais malgré cela, le servir te suffisait, alors tu continuais de tuer et de faire mal, pour lui, pour qu’il te considère, pour voir son sourire peut-être…Pour savoir sa fierté de t’avoir à ses côtés…Et ce lien unilatéral, magique te poussait à continuer. '' Elle ferma doucement les yeux, ne sachant si Sombre éclat allait réagir de manière hystérique à toutes ces affirmations. Qui était-elle pour savoir cela? Elle ne l’avait pas vu depuis des années, elle n’avait pas vu le regard de sa mère sur celui du dragon blanc. Mais c’était sa théorie, ce qu’elle croyait. '' Tu es probablement en colère que je te dise cela. Mais je sais, parce que tout ce que j’ai fait, à l’époque où nous n’étions pas encore complètement séparées, c’était pour que tu me remarque, pour que tu me regarde. J’aurais créé un torrent pour te voir sourire. '' Le sourire de sa mère était une pierre précieuse, rare, mais il avait toute la valeur du monde pour la petite rose. ''Rien de tout cela n’as été de ta faute. Rien. '' Sa voix s’effaçait dans la tristesse des émeraudes. Malgré les consignes précédentes du garde, elle s’approcha une fois qu’il tourna les yeux et embrassa le front de sa mère avant de chuchoter un ''Adieu.’’

Voyez mère, je vous obéis…

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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Ven 8 Juil 2016 - 5:46

eL’or se posa délicatement sur Mëryl lorsque celle-ci l’appela. Elle était la seule personne au monde dont elle ne désirait pas voir blessée et elle avait su briser le masque qu’elle s’était mise au départ. La petite rose était mieux sans Kälyna, ça, elle le croyait toujours. Mais elle avait compris également qu’elle ne pouvait pas lui imposer sa façon de penser. Elle était son petit trésor et même si elle ne passait pas son temps à le lustrer comme elle l’aurait dû, n’empêche qu’elle y tenait. Cette dame froide qui était connue pour détester tout tenait à quelque chose… à quelqu’un! Si les gens apprenaient cela, que se passerait-il? Ils s’amuseraient à prendre avantage de cette faiblesse. Il ne fallait pas que cela se sache… Mais cela valait-il la peine de le cacher tandis qu’elle ne ferait plus partie d’Armanda dans quelques jours et que cette crainte s’envolerait par la même occasion? Même Aegnor Evanealle avait su lire en elle la vérité concernant sa fille… Était-elle la seule à y être aveugle et ne pas vouloir se l’avouer?

Tandis que Mëryl parlait, la dame blanche s’était reculée pour venir s’asseoir sur ce qui lui servait de lit. Elle était fatiguée et ses pauvres membres n’aimaient pas rester debout trop longtemps. Elle ne serait pas dans cet état si elle s’était mieux nourrie, mais elle n’avait pas eu faim et la nourriture gardait un goût amer dans sa bouche. Attentivement, elle l’écouta parler. Qui eut cru que sa fille voudrait un jour se confier elle, pas sa mère en tout cas.

Elle donna comme réponse qu’un simple hochement positif de la tête. Ses paupières se fermèrent momentanément et l’image d’Aranwë lui apparut, avec ses yeux verdoyants de bonté et son sourire rassurant. Kälyna ne l’avait jamais aimé comme il l’avait mérité. Elle n’avait jamais pu lui donner l’amour qui n’existait pas en son cœur puisqu’il n’était pas sa moitié. Il était le meilleur parti que toutes elfettes pouvaient espérer avoir. C’était un être intelligent, aimable, attentionnée, qui avait un poste de conseiller royale et dont sa famille était noble. Mais elle, ce n’était pas lui qu’elle voulait. Il n’était pas sa moitié, il n’était pas son Inséparable… Et ça, personne n’avait su le comprendre. Personne n’avait su la comprendre. Mais malgré le fait qu’Aranwë n’avait pas été son âme sœur, il avait été important pour elle. Il avait été présent pour elle et l’avait toujours soutenue. Voilà qu’il était désormais mort et qu’elle ne pourrait jamais lui demander pardon pour tout ce qu’elle lui avait fait subir.

La vie était cruelle.

Ses paupières blanches se levèrent pour couvrir à nouveau sa jeune rose d’or. La tristesse et la mélancolie s’y mêlaient. Il n’y avait plus rien de Vraorg et cette réalité lui faisait bien mal. Même s’il ne l’avait jamais aimée – elle se l’avouait maintenant qu’il n’était plus -, il avait été son univers. Elle s’était sentie si bien durant ces trois années à le servir et c’est tout ce qui lui important. Elle aurait aimé que ça continue et que ces moments de pure euphorie se poursuivent. La dame blanche n’avait pas de remords face aux atrocités qu’elle avait commises. Pour se rapprocher du Blanc, cela en avait valu la peine. Cela l’avait transformée et elle n’en était pas mécontente. Un long soupire quitta ses lèvres noires. Mëryl avait su la cerner comme personne d’autre. Elle comprenait ce qui lui avait traversé l’esprit. Elle ne lui en voulait pas. Comment était-ce possible? Ça ne faisait pas de sens… Mais sa fille n’était pas comme les autres et c’était peut-être bien la seule raison pour laquelle elle tenait à elle. C’était sa petite rose.

Sombréclat s’était relevée et s’était approchée de l’elfette. Elle sentait qu’elle avait besoin de sa présence et comme dernier cadeau, elle se sentait prête à le lui offrir. Ses mains se posèrent à nouveau sur les barreaux et jamais elle ne l’avait quittée des yeux. Le garde ne méritait pas le moindre de ses regards. Il pouvait bien s’étouffer qu’elle ne lui accorderait pas plus d’attention en cet instant.

Instinctivement, Kälyna s’était penchée lorsqu’elle comprit les intentions de sa fille tandis qu’elle se levait sur la pointe des pieds afin de déposer un baiser sur son front de neige.

« Pardonne-moi. »

Un fin murmure que seules ses fines oreilles pointues pouvaient entendre tant elle avait parlé faiblement. Voilà, elle n’avait pas raté l’occasion comme elle l’avait fait avec son mari.

« Tu as tort, petite rose. Je ne suis pas en colère contre toi. J’en veux à tout le monde entier, mais pas à toi. Je n’ai jamais été en colère contre toi. Tu as tort. Tout ceci est de ma faute. Mes mains ne sont pas aussi blanches qu’elles ne le paraissent. »

Kälyna était un puits de colère. Elle était dirigée contre ces Esprits qui l’avaient maudite d’un totem tronqué, cet Inséparable qui s’était lié au pire tyran qu’Armanda ait connu, ces Protégés qui lui avaient retiré ce que son cœur s’était éperdument accroché, ce Dragon Blanc qui s’était toujours joué d’elle et enfin, cet empereur elfique qui désirait sa mort et enfin, ce garde qui les regardait d’un air outré qu’on ne lui obéisse pas. Mais Mëryl était épargnée par ce sentiment colérique.

« Il est interdit de l’approcher. Reculez, jeune elfette! »

La voix du garde transforma sa colère en rage. Elle se redressa de toute sa stature et le regarda avec haine et dégoût, comme s’il était devenu qu’un vulgaire insecte hideux.

« Je vais mourir. Mon dernier vœu est de passer mes derniers instants avec ma fille, seule à seule. N’accordez-vous pas ce droit à vos prisonniers? »

Toujours aussi froide, mais Kälyna avait su garder son calme. Elle essayait de raisonner le garde et d’employer une approche diplomatique. Elle ne l’aimait et ça se voyait, mais elle faisait un effort. La réponse donnée lui déplut : le garde refusait sa demande puisque c’était à l’encontre des ordres qu’on lui avait donnés. Mëryl devait s’éloigner de la terrible et ancienne prêtresse de Vraorg.

« Même moi, l’abomination que je suis, a toujours su offrir les derniers vœux de mes prisonniers. Vous auriez dû voir le visage de votre épouse, cette chère Näru… »

Une pause volontaire afin que l’elfe assimile ce qu’elle était en train de dire. Des deux, c’est elle qui gagnerait le concours de cruauté. Il avait juste à lui donner ce qu’elle voulait! Elle resta impassible tandis que sa mâchoire se crispait et sa main se refermait en un point.

« Ses yeux bleus se sont illuminés de joie lorsqu’elle a vu le ciel. C’était l’aube. Le ciel était teinté d’orange et de violet comme elle l’aimait tant. Je ne me trompe pas, n’est-ce pas? N’était-ce pas votre moment à vous, de regarder le soleil se lever sur Armanda? »

Elle n’avait pas besoin de réel couteau pour lui faire mal. Ses mots étaient suffisamment aiguisés pour le faire. Elle le regarda intensément et il fut le premier à flancher.

« Elle m’a demandé si tu le regardais en même temps qu’elle. Bien sûr que non, lui ai-je répondu. Tes prunelles auraient brûlé dans ce désert que vous aimiez tant. C’est à toi qu’elle a pensé dans ses derniers moments. Et pourtant, ce n’est pas toi qu’elle a désiré voir à la fin. Elle savait que tu ne viendrais pas. Ce n’est pas moi qui l’ai abandonnée lorsqu’elle avait besoin d’aide. Ne pas t’être enfui, peut-être auriez-vous réussi à vous en tirer tous les deux. Ou peut-être auriez-vous péri, mais ensemble. »

Kälyna n’était pas gentille, aimable ou altruiste. Elle savait utiliser les mots pour les figer à jamais dans l’esprit de quelqu’un. Elle n’avait pas besoin de fouet ou d’une dague pour faire mal à quelqu’un. La colère naquit dans le regard du garde, mais c’est la culpabilité qui s’y cachait qu’elle sut saisir. Elle avait touché une corde sensible,

« Je peux vivre avec ce que j’ai fait. Mais toi, le peux-tu? »

L’Inséparable n’avait jamais tué par plaisir, mais par obligation. La joie qu’elle y gagnait c’était de savoir que son maître était satisfait. Mais du sang, elle en avait fait énormément couler et ce, autant directement qu’indirectement. Elle n’était plus affectée par le décès des gens. Elle pouvait parler de ce qu’elle avait fait sans broncher.

Kälyna est une abomination.

C’est sur sa fille qu’elle reporta son attention. L’avait-elle troublée? Ce n’était pas ses intentions, mais le garde avait su la mettre hors d’elle. Lorsqu’on provoquait le monstre qui sommeillait, il fallait être prêt à subir les conséquences.

Ses bras serrèrent le Léopard des neiges, geste qui manquait de fluidité tant elle ne l’avait pratiquement jamais fait. Mais il se voulait sincère dans toute sa maladresse. Elle posa ses lèvres sur sa joue froide et lui murmura quelques mots avec douceur.

« Ne laisse personne te dicter ce que tu veux. Tu es forte, Mëryl. Ils sont aveugles de ne pas s’en rendre compte. »

Elle se détacha et recula d’un pas.

« Ne viens pas à mon procès. Épargne-toi cette souffrance, petite rose. »

Mëryl n’avait pas à voir la mort de sa mère. Elle n’avait pas à subir ce procès. Les deux parties s’affronteraient et Kälyna avait déjà choisi la voie de la violence.
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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Ven 15 Juil 2016 - 8:23

Sa main se glissa sur la joue de sa mère, ses mots étaient un baume sur son cœur, elle voulait se souvenir de cela après la mort de sa mère, comme elle aurait voulu avoir un dernier souvenir comme celui-là après celle de son père. Elle n’était pas en colère contre elle et c’était réciproque. La petite rose retenait la rosée contre ses prunelles d’émeraudes, elle n’allait plus pleurer, plus ici. Sa main froide se resserrait instinctivement, mais elle ne voulait en aucun cas heurter le visage de la prêtresse blanche. Elle se faisait plus ferme, simplement et choisit de désobéir au garde. Qui lui en voudrait ? L’empereur ? Les rôdeurs ? Les gardes ? Ses frères d’armes, ceux qui étaient tombés, ou ceux qui s’étaient moqués d’elle, ceux qui avaient laissés les gens la mépriser pour son héritage. Ceux qui ne l’avaient ni défendue, ni relevée. Qui l’avaient regardés pleurer son père, impuissante devant les morts qu’elle comptait.

Soupire, son front se reposa sur le barreau que sa peau se mit à refroidir, doucement, jusqu’à ce qu’il soit gelé. Si elle devait croupir dans cet endroit jusqu’à sa mort, au moins, elle aurait une source de fraicheur. Mëryl daigna reculer lorsqu’elle entendit les mots de sa mère. Pourquoi cela ne la touchait pas plus que cela ? Elle était déjà consciente des atrocités, peu importe ce que Kälyna pouvait raconter, Mëryl avait déjà entendu une histoire pire que celle-ci, probablement parfois démesurée, déformée. Mais elle avait une part de compassion, il restait une lueur d’espoir, tout au fond de ces épines.
Une lueur d’espoir qui s’approchait doucement de la mort.

Elle prit la main de sa mère dans la sienne en se détachant légèrement, la serra, doucement. Elle fit descendre la température de sa mère de quelques degrés. Mëryl désirait lui laisser au moins un peu de réconfort avant de la quitter, pour la dernière fois. Elle noya ses prunelles dans l’or, ignorant le garde déboussolé qui sembla abandonner le combat, au moins pour quelques secondes. ''Je te pardonne, Mère. Pour tout ce dont tu as besoin de faire la paix. Si tu désires ma présence avant le procès, je t’attendrai. Et je t’obéirai, puisqu’il s’agit de ta dernière volonté…'' L’enfant se détacha de l’abomination, elle avala sa souffrance, expira la tristesse. ''Je t’aime.'' souffla-t-elle, les yeux baissés. C’est sans poser les yeux à nouveau sur les prunelles dorées qu’elle se retourna. Si elle la voyait, ou elle se savait condamnée à ne pouvoir quitter, ou elle éclatait en sanglots.
Ce n’était pas le moment de céder, les larmes pouvaient attendre.
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MessageSujet: Re: Épines (Flash back Kälyna) Sam 23 Juil 2016 - 17:26

Kälyna avait parlé cruellement au garde et elle n’en avait ressenti aucun sentiment, ni culpabilité ni satisfaction. Ce que son cœur avait gagné était seulement la colère. Ses doigts blancs s’accrochèrent à ceux de sa fille et les serrèrent fermement pour ce qui était supposé être la dernière fois. Son attention et ses pensées n’étaient plus tournées vers son ancien peuple qu’elle détestait tant, vers Vraorg qu’elle avait tant aimé à en souffrir ou vers son trépas imminent. C’est Mëryl qui gagnait tout l’or et qui pouvait y lire les réels sentiments qu’elle éprouvait pour elle.

Aucune parole ne franchit sa gorge. Elle ne prononça pas à sa petite rose à quel point elle était désolée pour tout ce qu’elle lui avait fait subir. Elle ne lui révéla pas qu’il y avait des éléments de son passé qu’elle regrettait la concernant. Elle ne lui dit pas que sa mère l’aimait et qu’elle lui souhaitait qu’elle s’épanouisse.

La dame blanche avait déjà suffisamment empiétée sur sa vie et l’avait trop influencée par sa sombre réputation. C’est ce qu’elle croyait et elle croyait fermement qu’elle ne devait pas faire plus. C’était la dernière fois qu’elles se verraient et elle ne voulait pas que sa fille s’attache inutilement à un futur cadavre.

Sombréclat eut pour seule réponse un hochement négatif de la tête. Non, elle ne voulait pas que Mëryl vienne à son procès. Elle ne supporterait pas son regard verdoyant de tristesse tandis que l’empereur prononcerait sa sentence. C’était sa dernière volonté.

L’ancienne prêtresse de Vraorg ne répondit pas au « Je t’aime. » de sa fille. Elle lui tourna également le dos et attendit qu’elle sorte de la prison avant de se remettre à bouger. Ses pas lui semblaient soudainement lourds et ses mouvements d’une lenteur inouïe. Son esprit était au ralenti et son cœur… plus vide qu’il ne l’avait jamais été.

Ce qui lui servait de lit accueillit ce corps dénué d’énergie et d’espoir. La fin approchait.

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